Retour sur l’opération Paye ta toque !

À l’occasion de la journée des droits de la femme, nous avons lancé l’opération Paye ta toque !. L’objectif était de recueillir puis de publier des témoignages de femmes et d’hommes victimes ou témoins d’attitudes sexistes dans les métiers de bouche afin d’alerter sur ce phénomène. Retour sur l’opération.

Paye ta toque !, pourquoi faire ?

Depuis sa création il y a plus d’un an, The Goût Job est au plus près des professionnels des métiers de bouche. De nombreuses fois, lors de conférences, d’entretiens d’embauche ou sur des salons, des femmes se sont confiées sur les violences physiques ou verbales dont elles pouvaient être victimes sur le lieu de travail, les poussant même certaines fois à tout abandonner pour se réorienter vers des milieux réputés moins difficiles.
Laisser tomber ses rêves, sa carrière, ses objectifs et sa passion ? Hors de question, ll nous fallait agir ! Alors à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, le 08 mars, nous avons décidé de dénoncer le sexisme dans les métiers de bouche.
Tous secteurs confondus, le sexisme est encore un véritable fléau. 80% des femmes en poste disent connaître des actes sexistes au quotidien*. 20% d’entre elles ont même été confrontées à des agressions sexuelles sur leur lieu de travail.
En plus d’avoir des répercussions sur le travail, ces actes peuvent détruire psychologiquement une personne. Nombreuses ont été celles qui ont avoué avoir fait une dépression suite à des comportements sexistes.
Employeurs, ne prenez pas ce problème à la légère. Sachez que si l’un de vos salariés est victime de sexisme, harcèlement moral ou sexuel ou agressions sexuelles, vous pourrez en être tenus responsables pour ne pas avoir garanti sa sécurité. Des solutions existent. Vous pouvez vous faire aider pour organiser des formations managériales ou séances d’information avec vos salariés afin de les prévenir de ces risques.

Nous nous devions d’agir !

L., chef de partie a été victime d'agression sexuelle lors de son apprentissage. Elle avait à peine 16 ans.

L., chef de partie a été victime d’agression sexuelle lors de son apprentissage. Elle avait à peine 16 ans.

Un combat de longue haleine

Les mentalités ne changeront pas du jour au lendemain, nous le savons. Mais il faut bien commencer quelque part. Tout d’abord, nos équipes ont lancé un appel à témoin afin de recueillir des témoignages variés. Ils ont été nombreux et ont prouvé que la situation n’était pas anodine. Mais le plus frappant était que beaucoup pensaient qu’il n’y avait rien à faire à part subir.
En plus du partage de témoignages, nous avons donc décidé de proposer une interview de Marie Sauce, qui au moyen d’événements et de concours, se bat pour faire rayonner les femmes dans les métiers de bouche. Ses mots d’espoir ont eu leur effet !
La parole a également été donnée à Nicolas Merle, avocat spécialisé en droit du travail, afin de mettre en lumière les solutions et recours possibles en cas de situation sexiste sur le lieu de travail.
Nous souhaitions que l’opération ne serve pas seulement à dénoncer. Nous voulions aussi offrir à toutes ces professionnelles des outils afin de s’informer et d’être capables de se défendre.

Marie Sauce, Présidente fondatrice de la Cuillère d'Or, concours de cuisine réservé aux femmes

Marie Sauce, Présidente fondatrice de la Cuillère d’Or, concours de cuisine réservé aux femmes

Ni tout noir, ni tout blanc !

L’opération visait à dénoncer les actes sexistes dans les métiers de bouche. Les témoignages sont donc peu flatteurs envers le milieu. Or, nous tenons à nuancer. Toutes les brigades ne sont pas complices de ces actes, tous les chefs ne ferment pas les yeux, toutes les femmes n’en sont pas victimes. Il existe une véritable solidarité dans les métiers de bouche. Nous avons eu de nombreux commentaires mettant en avant la générosité de ces métiers et nous tenions à le faire savoir. Les réactions aux témoignages ont prouvé que la majorité, hommes comme femmes, chefs comme commis, s’élevait contre toutes ces formes de violence. Beaucoup ont partagé leur indignation et ont tenu à se désolidariser de cette minorité qui pose problème.

N. - Chef, qui considère que c'est très important de protéger ses équipes contre toutes formes de sexisme

N. – Chef, qui considère que c’est très important de protéger ses équipes contre toutes formes de sexisme

Une opération réussie, un bémol pour terminer

Si l’opération a été percutante et les réactions à la hauteur de nos attentes, nous restons sur notre faim quant à la mobilisation de la presse et de nos élus. Nous avons tenté de les avertir via une campagne de relations presse, certes modeste, et des appels nominatifs sur les réseaux sociaux. Malheureusement, les retours ont été peu nombreux, voire même quasi-inexistants.
Pourquoi ? Les violences que subissent les professionnelles des métiers de bouche ne sont pas une cause qui mérite d’être sur le devant de la scène ? Cette prise de position n’est pas assez sexy ou glamour ? Où peut-être est-ce parce que les métiers de bouche restent les enfants mal-aimés et oubliés de l’économie française ?
Quoi qu’il en soit, nous n’abandonnerons pas. La parole reste ouverte à toutes celles et ceux qui souhaitent dénoncer toutes ces violences, ou au contraire, à mettre en lumière toutes les opérations ou belles actions visant à combattre tout ceci. N’hésitez pas à nous envoyer vos témoignages à contact@thegoutjob.com. Ils seront publiés aux côtés de tous les autres.

To be continued ?

Comme l’a dit Nicolas dans son interview, il ne faut pas hésiter à en parler autour de soi. Selon une étude du CSEP, seulement 9% des salariées oseraient en parler à leur hiérarchie. Pourtant, la seule solution pour y mettre fin est d’oser dénoncer, n’oubliez jamais que le droit est de votre côté ! Comme le disait un grand sage (les plus jeunes reconnaîtront !):

« La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même. »

Albus Dumbledore

Alors osez ! Osez signaler les actes sexistes quand vous en rencontrez, osez vous affirmer, oser remettre en place ceux qui prennent trop de libertés !

Et vous, employeurs, osez agir ! Soyez le premier rempart contre les actes sexistes. Condamnez-les à voix haute pour les bannir de votre entreprise.

Et n’oubliez pas, who run the world ? 😉

*sondage réalisé en 2013 par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP)