Patrick Jacquot, un boulanger qu’on disait « grand, fort et bête » devenu la star des croissants à Atlanta

Continuons ce dossier sur les opportunités de carrière à l’étranger avec Patrick Jacquot, un boulanger français qui vit son American Dream depuis plus de 23 ans. Après avoir réalisé son apprentissage à Bourgoin-Jallieu (38), il est aujourd’hui le co-fondateur de la Croissant Bakery, une boulangerie française située à Atlanta. À 54 ans, dont près de la moitié passée de l’autre côté de l’Atlantique, il revient sur les grands moments de son parcours.

 

Bonjour Patrick, pouvez-vous vous présenter et raconter votre parcours en quelques mots :

J’ai commencé mon apprentissage en boulangerie à Vienne (38) à l’âge de 14 ans. J’y ai travaillé pendant 2 ans. Suite à ça, j’ai signé un contrat d’apprentissage dans une autre boulangerie viennoise dans laquelle je suis resté jusqu’à mes 18 ans.
En 1984, je suis parti pour la première fois aux USA avec un visa touristique. Je suis rentré en France pour repartir en Guadeloupe, puis en Martinique. Je suis finalement retourné aux États-Unis avec un visa de travail de 18 mois. Je me suis installé en Floride où mon patron s’est porté garant pour ma carte verte et m’a sponsorisé.
Quand mon visa a pris fin, je devais attendre un an en France avant de recevoir ma Green Card. Durant ce temps là, j’ai travaillé au Mexique, dans un Club Med. J’ai fait toute une saison là-bas et suis reparti aux USA en 1992. J’y vis maintenant depuis 23 ans.

Patrick Jacquot, chef boulanger à Atlanta

Patrick Jacquot, chef boulanger à Atlanta

Qu’est-ce qui vous a décidé à partir faire carrière aux USA ?

Au départ, c’était par goût de l’aventure, pour voyager, découvrir d’autres pays… mais aussi parce qu’à l’époque on parlait beaucoup de l’Europe. Je voulais donc apprendre l’anglais pour y travailler, d’où mes 18 mois aux USA.
Je n’avais pas vraiment dans l’idée de rester aux États-Unis, mais souhaitais plutôt tenter ma chance dans les pays scandinaves, ou l’Allemagne… bref, dans les pays qui se démarquaient d’un point de vue économique. J’ai en fait adoré les USA et n’ai jamais voulu rentrer !

 

Est-ce que les artisans français évoluant dans les métiers de bouche sont toujours aussi appréciés et recherchés aux USA ?

Oui toujours ! Les boulangers, les chefs cuisiniers, les pâtissiers, tous les métiers qui touchent de près ou de loin à la gastronomie française sont très appréciés de l’autre côté de l’Atlantique. Ils bénéficient d’une très belle image. C’est le savoir-faire à la française.
En France, lorsque que j’ai dit que je voulais travailler en boulangerie, on m’a dit : « Tu es grand, fort et bête, tu seras un bon boulanger ».
Il y a beaucoup d’aprioris en France sur les métiers de bouche. À l’époque, c’était encore une voie de garage pour celles et ceux qui n’avaient pas réussi à l’école. C’est peut-être moins le cas maintenant, mais certains préjugés persistent encore.
Alors qu’à l’étranger, la perception du métier n’est pas du tout la même. Ce sont des métiers reconnus. L’américain est plus admiratif que le français quant au savoir-faire des artisans ayant fait leur apprentissage en France.

Le pain français qui ravit les américains

Le pain français qui ravit les américains

Quelles sont les différences culturelles qui vous ont marqué ?

L’américain est plus discipliné que le latin, notamment dans le monde du travail. Le respect des horaires, l’obéissance, la volonté de travailler se ressentent ici plus qu’en France.
Aux USA, on ne parle pas de congés payés ou des 35h. Ici, ça n’existe pas. Le monde du travail est beaucoup moins syndicalisé. Pour exemple, nous avons le droit de travailler le dimanche sans que le gouvernement s’en mêle.

 

Comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?

J’ai 54 ans. Je pense que j’ai encore une bonne dizaine d’années à travailler. Après quoi, je vendrais peut-être la boulangerie pour me reconvertir dans la restauration. Mais pour l’instant, rien n’est encore décidé !

 

Quel est votre plus beau souvenir professionnel en tant qu’expatrié ?

J’ai eu de très bons souvenirs au Club Med. Mais pour ce qui concerne Atlanta, mon plus beau souvenir professionnel reste mon installation : les premiers contrats, mes premiers pas en tant que patron… Ca reste de très beaux moments.

Dans les coulisses de la Croissant Bakery

Dans les coulisses de la Croissant Bakery

Quels étaient les objectifs fixés lors de votre installation ?

Je ne m’étais pas vraiment fixé d’objectifs, mais cherchais une autonomie professionnelle. Je voulais être mon propre patron et ne souhaitais plus travailler pour quelqu’un d’autre… je n’arrivais pas à imposer mes idées sur le travail. J’avais besoin d’une liberté dont je ne pouvais pas profiter pleinement en tant qu’employé. Je savais aussi que ce serait le meilleur moyen pour moi de réussir financièrement.

La transmission du savoir-faire à la française

La transmission du savoir-faire à la française

Y-a-t-il des choses que vous avez fait à Atlanta que vous n’auriez pas pu faire en France ?

Ici, à Atlanta, j’ai 40 employés. Cela aurait engendré de nombreuses taxes en France et ne m’aurait sûrement pas permis d’avoir une entreprise de cette taille. Aux États-Unis l’URSSAF n’existe pas et il n’y a pas autant de taxes.
Je n’ai jamais eu d’affaires en France, mais l’entrepreneuriat me semble beaucoup plus simple et accessible ici. J’ai pu développer mon entreprise plus facilement que je ne l’aurais fait en France.

 

Quels sont les good tips pour réussir sa carrière à l’étranger ?

Pour un jeune qui voudrait s’installer aux USA, je lui conseillerais de partir en étant bilingue.
Il devra aussi faire preuve d’une belle ouverture d’esprit. Un français qui arrive aux États-Unis, et plus particulièrement dans les secteurs touchant à la gastronomie, pense tout savoir, de par la réputation de la cuisine française.
Or, il croit tout savoir, mais est bien loin du compte. À l’étranger, il faut rester humble, s’intéresser aux américains, à leur culture, à ce qu’ils veulent manger et adapter ses connaissances et son savoir-faire à cette culture.
Pour imager, c’est un peu la stratégie adoptée par de grandes chaines : McDonald’s, par exemple, lors de son implantation en France, s’est adapté aux goûts des français et non l’inverse.

Les croissants qui ont fait la réputation de Patrick Jacquot de l'autre côté de l'Atlantique

Les croissants qui ont fait la réputation de Patrick Jacquot de l’autre côté de l’Atlantique

Avez-vous un jour l’intention de rentrer en France ?

En vacances, oui, avec plaisir ! Mais jamais pour m’y installer à nouveau. J’adore la France, en revanche, je me rends compte que les français sont très gueulards (rire).

 

Avez-vous un dernier mot à ajouter ?

J’aimerais que les petites entreprises françaises bénéficient de plus de libertés, notamment dans les métiers de bouche. Les entrepreneurs ont besoin de respirer. Ce ne sont pas des vaches à lait. Je souhaiterais aussi qu’il y ait plus de standards quant à la fabrication du pain. Lorsque que je rentre en France, je suis parfois déçu par la qualité de ce qu’on peut trouver dans de petits commerces.
Le travail de l’artisan doit pouvoir se distinguer de celui de l’industriel. Il faudrait revaloriser nos métiers et l’artisanat français, même si c’est de plus en plus difficile aujourd’hui à cause de la mondialisation et des nouveaux acteurs.

 

La Croissant Bakery de Patrick Jacquot est aujourd’hui l’une des boulangeries les plus respectées et appréciées de Géorgie. Accompagné de Pascal Mezzacqui, un chef pâtissier, il a su proposer aux américains ce que la France fait de meilleur.
Les deux chefs sont ainsi devenus une référence pour de nombreux gourmands. Leurs pains et pâtisseries se retrouvent aujourd’hui chez les particuliers, comme dans de grands hôtels et restaurants.

Croissant Bakery
croissantbakery.com
Croissant Bakery Atlanta USA