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Rencontre avec Cyrille Martin, participant à
la Coupe du Monde
de la Boulangerie

Les concours, leur ambiance exaltée, le stress du résultat, la stupeur à l’annonce de la victoire… Nous avons rencontré Cyrille Martin, professeur en boulangerie au lycée hôtelier à Dardilly et participant à la Coupe du Monde de la Boulangerie. Avec lui, nous sommes revenus sur le concours en lui-même, mais aussi la préparation en amont et ce que l’on en retire une fois le concours terminé.

Retour sur l’expérience de Cyrille Martin à la Coupe du monde de la boulangerie

Bonjour Cyrille, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours, vos expériences professionnelles ?

J’ai commencé ma vie professionnelle à 14 ans, au lycée hôtelier à Dardilly. Une fois diplômé, j’ai été ouvrier dans une boulangerie. J’ai fait l’armée, puis quand je suis revenu, je me suis fait embaucher en grande distribution et y suis resté 10 ans. Là-bas, j’ai appris le management, les relations avec les fournisseurs, le recrutement… Je suis retourné à l’artisanat pendant 2 ou 3 ans et aujourd’hui, ça fait 14 ans que je suis enseignant à Dardilly.

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Comment définiriez-vous la coupe du monde de la boulangerie quelques mots ?

Ça fait 14 ans que j’enseigne, donc ça fait 14 ans que je m’entraîne pour les concours ! Il ne faut pas entrer dans le travers de la simplicité en se disant que, quand on enseigne en CAP, on ne fait que des croissants ou que de la baguette.
Pendant 10 ans, j’ai travaillé le week-end dans une boulangerie pour garder contact avec le milieu professionnel. j’ai décidé de participer à des concours pour garder un lien avec la créativité, les dernières tendances, les défis.
La première fois que j’ai participé à la Coupe de France de la Boulangerie, c’était en tant que jury.
Il y une réelle différence dans la façon d’appréhender le concours en tant que jury ou participant. Il n’y a pas d’entrainement pour être jury. Il suffit de faire preuve de curiosité, d’ouverture d’esprit, aller rechercher l’innovation technique et gustative. En tant que compétiteur, il y a énormément de travail à fournir. C’est pourquoi j’ai ensuite décider d’y participer pour les 4 éditions suivantes. J’étais accompagné de mes anciens élèves.
Après ces 4 Coupes de France, j’ai eu le sentiment d’en avoir fait le tour et me suis dit qu’il fallait viser plus haut.
Je me suis alors inscrit pour être en équipe de France. Il y avait une première sélection entre le sud et le nord de la France. J’ai fait partie de la sélection sud-France. Il y a eu une première manche à Aurillac, où j’ai terminé premier de la catégorie pain. Puis il y a eu Paris, nous étions 2 dans chaque catégorie,et pour ma part, j’étais en catégorie pain.
Il y eut ensuite la Coupe Louis Lesaffre, qui fait office de sélection au niveau européen et permet de se qualifier pour la Coupe du Monde. Nous avons terminé deuxième à cette épreuve. Nous avons mis un pied sur le podium lors de la Coupe du Monde de la Boulangerie, nous avons terminé 3ème.

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Quelles sont les valeurs inhérentes cette coupe ?

Participer à la Coupe du Monde de la Boulangerie offre une véritable reconnaissance de la part de ses pairs.
Ce concours nous permet de transmettre un savoir-faire et un message à travers les épreuves.

Quelles sont les qualités indispensables pour remporter la coupe ?

Il faut s’entraîner, ne pas compter ses heures, faire preuve d’ouverture d’esprit et avoir un esprit d’analyse. Chaque geste compte. Sur l‘épreuve des 2 heures, nous avons terminé 30 secondes avant la fin du temps imparti et 40 secondes pour la seconde épreuve. Chaque minute compte.

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Comment se déroule le concours ? Comment se prépare-t-il ?

Nous sommes par équipe de 3, il y a une personne en viennoiserie, une en pièce artistique et une en pain. Nous sommes noté tant sur la technique que sur l’esprit d’équipe et l’entraide.
Nous avons en tout 10h d’épreuve : pains de nos création, pains qui représentent notre pays, pains sans connaître les ingrédients, des pains du monde à tirer au sort.
J’ai été accompagné de deux consultants pour préparer le concours, sur toute la recherche des matières premières, la mise en place des recettes. Pendant deux ans, je me suis entraîné tous les jours. J’avais également des entrainements mensuels avec l’équipe durant lesquels nous nous retrouvions durant 3 jours. Nous nous sommes retrouvés 14 fois pour répéter les gestes, nous familiariser avec les machines, connaître le programme de nos coéquipiers, savoir quand ils auront besoin d’un coup de main pour être là.
Le Jour-J, c’est une répétition de nos entraînements. Nous montrons ce que nous avons appris durant toutes ces heures passées à travailler la technique. Nous retranscrivons ce que nous avons acquis tout au long de notre parcours.

Qu’apporte le concours à titre professionnel ?

J’ai acquis des connaissances sur la boulangerie française et étrangère. J’ai aussi été sollicité pour partager mon savoir-faire à l’étranger lors de démonstrations.
Ce concours m’a permis de véhiculer une belle image auprès de mes élèves, de leur montrer ce qu’ont peut faire, ça les fait rêver et on a besoin de ça aussi dans la vie. Ils sont venus me voir à Paris, d’autres souhaitent participer leur tour. J’ai pu leur montrer ce qu’on pouvait atteindre en faisant preuve d’excellence et d’exigence. Ils ont vu que la passion permettait d’obtenir des résultats et de s’éclater.

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Quel conseil donneriez-vous à un professionnel qui souhaiterait participer à la Coupe du Monde de boulangerie ?

D’arrêter tout de suite parce qu’il est fou (rires)! Non ce n’est pas vrai. Je lui dirais qu’il faut être solide et bien entouré. Mon épouse est professeur en boulangerie et participe également à des concours. Elle connaît la fréquence des entraînements, l’exigence que nécessitent les concours. J’ai passé énormément de temps en dehors de la maison. Lors de la finale, on a demandé à mes enfants qu’est-ce qu’ils voulaient pour leur père ils ont répondu « qu’il soit plus présent à la maison ».
Ce concours implique beaucoup de sacrifices. L’entourage doit accepter et être soudé. On ne vit plus que pour le concours. On boit, on mange, on dort, on respire concours les mois le précédant. On ne passe pas une minute sans y penser.
Il faut également bien s’alimenter, faire du sport pour s’oxygéner. Il faut être conscient de l’engagement. Il faut apprendre à respecter le choix de ses coéquipiers. Il faut être sûr de ce que l’on veut, sûr de vouloir s’investir, sinon ça ne vaut pas le coup.
Mais c’est quelque chose à faire, une expérience inoubliable…

Merci à Cyrille Martin, enseignant au Lycée hôtelier de Dardilly
Toutes les photos sont publiées avec l’aimable autorisation de Cyrille Martin