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Christian Janier, l’excellence
des Meilleurs Ouvrier de France

Christian Janier porte un col tricolore. C’est dans ce détail que réside toute l’excellence de son savoir-faire. Après avoir été nommé Meilleur Ouvrier de France en 2000, il a accepté la Présidence des Meilleurs Ouvriers de France du Rhône. Revenons avec lui sur ce qui fait la notoriété de ce concours.


Meilleurs Ouvriers de France, la transmission de l’excellence





Bonjour Christian, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours, vos expériences professionnelles ?

Christian Janier, fromager de père en fils depuis quatre générations. Nous nous transmettons ce savoir-faire depuis les années 1880.
Mon père, frustré de ne pas avoir eu l’opportunité de faire d’études, a tenu à ce que j’en fasse. Je n’éprouve aucun regret quant à cette décision.
Je me suis tout d’abord orienté vers une école d’agriculture pour y apprendre les bases de la production laitière. J’ai ensuite été reçu à l’École Nationale d’Industrie laitière à Poligny. C’est là que j’ai appris à fabriquer et affiner le fromage.
Une fois mes études terminées, c’est avec une joie infinie que j’ai rejoint l’entreprise familiale. Depuis près de 28 ans, je ressens le même plaisir à me lever chaque matin pour aller travailler.

4- LE TOUCHER


Comment définiriez-vous les Meilleurs Ouvriers de France en quelques mots ?

Pour moi, ce concours représente la quête de l’excellence. Car l’excellence n’est jamais atteinte. Je n’ai qu’une velléité, c’est de me coucher mois bête que je ne me suis réveillé. Nous ne devons jamais cesser de nous améliorer.
Pour mon métier par exemple, il ne suffit pas d’avoir de bons produits, il faut également que le travail soit réalisé à la perfection, de la préparation aux finitions.



Quelles sont les valeurs inhérentes aux Meilleurs Ouvriers de France ?

Si je devais n’en citer qu’une seule, je dirais la transmission. Si l’on ne partage pas notre savoir-faire, nos métiers sont condamnés à disparaître. Si nous-même en savons autant, c’est parce qu’un jour quelqu’un a été attentif et nous a permis d’apprendre pour que perdure cette histoire. Il faut s’occuper des jeunes, comme des moins jeunes, et ne jamais cesser de transmettre ce que l’on a appris des autres.
Nous sommes toute notre vie des apprenants. Il y a d’ailleurs un proverbe qui vient de Corrèze et qui me tient particulièrement à coeur : « La vieille ne voulait pas mourir car elle en apprenait tous les jours. “. Il résume parfaitement notre philosophie.



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Quelles sont les qualités indispensables pour être fromager ?

Un bon fromager connait tous les secrets de ses produits. Nous sommes comme les chefs : nous devons sélectionner avec soin nos matières premières afin d’obtenir un beau résultat .
Un bon affineur saura sublimer le produit à travers son travail. Il n’y a pas de magie, que du travail.
Aucune qualité n’égalera la passion. Nous nous levons à l’aube, et vivons dans le froid et l’humidité. Mais je ne vois là aucune contrainte. Quel que soit son métier, un véritable passionné saura faire de grandes choses.



Quelles sont les qualités indispensables pour prétendre au titre de Meilleur Ouvrier de France ?

Il faut faire preuve d’abnégation. Cela nécessite beaucoup de travail et de l’argent. Le concours permet de faire un point d’étape et de se situer en étant jugé par ses pairs, par de grands professionnels.
Participer aux Meilleurs Ouvriers de France, c’est intégrer une grande famille, un univers dans lequel on va côtoyer des professionnels qui ont les mêmes valeurs que nous. Pour être Meilleur Ouvrier de France, il ne suffit pas seulement de posséder tous les fondamentaux de son métier. Il faut aussi avoir une certaine appétence pour l’innovation et le désir d’élever son métier.



Comment se déroule le concours ? Comment se prépare-t-il ?

Nombreux sont les candidats à tenter leur chance en fromagerie. Afin de les départager, nous organisons tout d’abord des phases qualificatives. Puis vient la finale, pour celles et ceux qui auront su convaincre le jury.
Le métier est pluriel et c’est pour quoi les candidats sont jugés sur plusieurs approches : la dégustation à l’aveugle, la préparation de recettes froides à base de fromage, la réalisation de vitrines, de buffets à base de fromage, et la réalisation d’actes de vente. Le concours se termine avec la présentation de l’oeuvre magistrale. Le candidat doit réaliser une oeuvre à partir de fromage, sur un thème choisi.
Pour la petite histoire, lors de mon concours, j’avais choisi comme thème “la pyramide des saveurs”. Nous avons travaillé sur la forme de la pyramide, mais également sur des strates en allant des fromages les plus doux aux fromages les plus corsés avec aux quatre coins de la pyramide, les quatre saveurs de base : l’acide, l’amer, le sucré et le salé.



Pouvez-vous nous parler du vôtre ? Comment l’avez-vous appréhendé ? Comment vous êtes-vous préparé ?

Il est toujours conseillé à un candidat Meilleur Ouvrier de France d’être parrainé. C’est un gage de réussite. En ce qui me concerne, il n’y avait pas eu de Meilleurs Ouvriers de France me précédant en fromagerie. C’est donc un ami charcutier-traiteur qui m’a accompagné lors de ce concours.
Le parrain est là pour conseiller mais il doit également être présent auprès du candidat pour l’aider dans les moments les plus difficiles, physiquement comme moralement.
Lors des entraînements tout doit être maîtrisé dans les moindres détails. Rien ne doit être laissé au hasard pour le Jour-J.



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Que vous a-t-il apporté à titre professionnel ?

Je dis souvent avec humour qu’avant, je racontais des bêtises et on ne me croyait pas, et maintenant que je suis Meilleur Ouvrier de France, mes bêtises sont parole d’évangile (rires). 
Plus sérieusement, nous bénéficions d’une belle médiatisation, ce qui nous permet de joui d’une certaine crédibilité auprès de notre clientèle. Notre col bleu blanc rouge nous octroie également une belle reconnaissance aux quatre coins du monde.



Pourquoi avoir accepté la présidence des Meilleurs Ouvriers de France du Rhône ?

Mon prédécesseur ayant eu des ennuis de santé assez importants, je n’ai eu d’autres choix que d’accepter de relever ce beau défi, malgré les quelques appréhensions qui m’habitaient alors face à l’ampleur de la tâche.
Je suis maintenant Président depuis près de 10 ans et tout se passe pour le mieux. J’ai à coeur de fédérer tous les métiers de l’artisanat autour des valeurs qui nous sont communes.



Quel conseil donneriez-vous à un professionnel qui souhaiterait devenir l’un des Meilleurs Ouvriers de France ?

Il faut mesurer les enjeux que représente ce concours. En cas d’échec, il faut savoir gérer et ce n’est pas tout le temps évident. Beaucoup éprouveront certaines difficultés à se relever.
C’est un doux compromis car il faut avoir l’âme d’un compétiteur pour participer, mais il faut également faire preuve d’humilité.
L’entourage doit impérativement être partie-prenante. On parle souvent d’un millier d’heures pour préparer le concours. C’est un investissement, tant en temps qu’en argent. Mais c’est un retour sur investissement formidable.
On n’est pas Meilleur Ouvrier de France dès qu’on obtient le titre, on le devient petit à petit, notamment par le prisme de la transmission. Pour ma part, j’ai l’impression d’avoir vécu une deuxième naissance. On progresse à tout âge, mais j’ai gagné quelques années en côtoyant mes pairs Meilleurs Ouvriers de France.



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Quel est votre plus beau souvenir en lien avec les Meilleurs Ouvriers de France ?

Il est de tradition que le Président de la République reçoive chaque promotion de Meilleurs Ouvriers de France. Moi qui me considère toujours comme le petit fromager de la rue Seguin, j’ai eu la merveilleuse opportunité de franchir les portes de l’Élysée ! Outre le titre, cela prouve la reconnaissance de la République envers le travail manuel.





Merci à Christian Janier, fromager-affineur
27 Rue Seguin, 69002 Lyon



Toutes les photos sont publiées avec l’aimable autorisation de Christian Janier.