Rencontre avec Jacotte Brazier, Léa & Christian Têtedoie

Durant toute une semaine, le chef étoilé et Meilleur Ouvrier de France, Christian Têtedoie a mis les femmes à l’honneur dans son restaurant La Voûte – Chez Léa. Nous avons goûté au dîner préparé par Jacotte Brazier, petite-fille de la célèbre Mère lyonnaise Eugénie Brazier et Léa Têtedoie, fille de Christian Têtedoie, étudiante à l’Institut Paul Bocuse. Nous avons échangé avec eux sur la place qu’occupent les femmes dans les métiers de bouche, sur leurs batailles quotidiennes et sur la force dont elles font preuve.

Girls, you are strong !

Quelques mots avec… Christian Têtedoie

Durant toute une semaine, vous avez offert une place de choix aux femmes chefs dans votre restaurant La Voûte – Chez Léa. Pouvez-vous nous expliquer le concept ?

Tous les deux ans, en marge du Sirha, nous organisons une semaine avec des chefs à l’honneur.  Pour la première édition, j’avais invité des chefs lyonnais emblématiques, donc des grands chefs qui étaient partis à la retraite, à venir aux fourneaux. Cette fois-ci, j’avais envie de mettre les femmes chefs à l’honneur, notamment par rapport à mon engagement pour La Cuillère d’Or. Mon équipe a particulièrement aimé travailler avec ces femmes qu’ils ne connaissaient pas. Toute le monde a été motivé. C’est chouette, il y avait une belle ambiance !

Valérie Cristina, Jacotte Brazier, votre fille Léa… Comment avez-vous choisi celles qui ont concocté ces diners ?

Par connaissance ou par amitié. Je connais Jacotte Brazier depuis  plus de 30 ans. Jusqu’alors, nous n’avions rien fait ensemble. Elle n’est pas vraiment cuisinière. Alors j’ai pensé qu’elle pourrait être accompagnée de ma fille, Léa, qui est en apprentissage à l’Institut Paul Bocuse. Il y a un petit côté transmission. Car même si Jacotte n’a jamais été en cuisine, elle a énormément de connaissances. Elle a un côté très bienveillant envers Léa. c’est très mignon.

Si vous aviez un conseil à donner à toutes les femmes des métiers de bouche, que leur diriez-vous ?

Eh bien je leur dirais bravo. Ce n’est pas évident de s’engager dans ces professions. Elles connaissent de nombreux obstacles, notamment entre leur vie de femmes et leur vie de chefs. Je connais des femmes chefs, étoilées ou MOF, qui jonglent entre les deux. Ce sont de véritables superwomen. Elles sont d’une efficacité redoutable. Souvent, on est plus exigeant avec les filles qu’avec les garçons. Mais à mes yeux, les filles sont très efficaces, régulières, elles ont envie de réussir, elles ont envie de prouver que ce n’est pas parce qu’elles sont femmes qu’elles ne sont pas capables de faire la même chose que les garçons.


Quelques mots avec… Jacotte Brazier

Que pensez-vous de la place qu’occupent les femmes dans les métiers de bouche aujourd’hui?

Les femmes doivent continuer, s’armer de patience. J’ai beau chercher, je ne vois pas pourquoi elles n’auraient pas le droit de réussir. 
Du temps de ma grand-mère (Eugénie Brazier, dite la Mère Brazier, l’une des mères lyonnaises les plus célèbres NDLR), de mon temps, il était déjà difficile d’être une femme dans un monde d’hommes. Aujourd’hui, s’il est vrai que certains employeurs sont plus à l’écoute, certains doivent encore faire amende honorable. L’apprentissage reste une période difficile, pour les filles comme pour les garçons. Tout cela relève d’un problème d’éducation. On ne donne pas de coups au derrière des filles, on ne les appelle pas par de vilains noms ! Nous essayons de voir avec les chefs d’établissement pour mettre en place des chartes de bonne conduite.

Vous qui avez baigné dans l’histoire de ces mères lyonnaises reconnues pour leur caractère, avez-vous remarqué une évolution ?

Vous savez maintenant c’est comme autrefois. Il faut surmonter sa timidité et les difficultés. Toutes les femmes peuvent aussi bien être une chef d’entreprise qu’une mère lyonnaise !

La dame au centre, c’est Eugénie Brazier, la première femme à avoir obtenu 3 étoiles au Michelin en 1933. En 2007, sa petite-fille Jacotte Brazier crée le Prix Eugénie Brazier, qui récompense chaque année un livre de cuisine écrit par une femme. Et cette année, c’est moi qui l’ai eu pour « Les recettes d’une connasse » !!! Il y a cinq ans je ne savais pas dans quel sens tenir une casserole, je n’avais jamais ouvert un livre de cuisine et je ne faisais pas la différence entre un panais et une carotte. Aujourd’hui je suis distinguée par des femmes dont la culture gastronomique et aux talents culinaires sont bien plus étendus que les miens : surprise, fierté, bonheur et gratitude infinies. 🇺🇸 Eugénie Brazier is the first woman who received three Michelin stars for her two restaurants in Lyon. Today I received the cookbook award her grand daughter created ten years ago to reward women writers. I’m ever so proud and grateful✨ #eugeniebrazier #cooking 😘 @hannahagid @emmanuelleteyras @celine_le_lamer @hachettecuisine @aimeryc

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Jacotte, vous avez une association. Pouvez-vous nous en parler ? 

Ma grand-mère Eugénie Brazier était une femme de caractère. Moi-même j’en suis une. J’ai hérité de son tempérament et je ne me fais pas marcher sur les pieds. Alors je me suis dit, « pourquoi ne pas en profiter pour aider les filles? ».
Je me suis liée avec des lycées hôteliers, comme par exemple Vienne ou de Villefranche-sur-Saône, les Apprentis d’Auteuil et d’autres foyers. Avec les proviseurs et chefs de cuisine, nous venons en aide aux jeunes fille issues de milieux défavorisés, à partir de la deuxième année de CAP ou post-bac (le taux de décrochage était trop fort en première année.). Nous les accompagnons dans leur recherche de stage, mais aussi dans d’autres démarches quotidiennes. Nous les soutenons financièrement afin qu’elles puissent se payer la cantine ou un ordinateur nécéssaire pour les cours. J’essaie de leur trouver de bonnes places, pour qu’elles fassent leur parcours au sein de prestigieux restaurants. Léa, une de mes jeunes filles, souhaitait réaliser son apprentissage chez Jean Sulpice. Malheureusement, il n‘avait pas de place avant juillet. Alors je l’ai placée dans un ravissant hôtel cinq étoiles, le Château de Fonscolombe. J’en suis très fière. Si mon nom peut les aider, alors je le fais très volontiers !

#brazier #merebrazier #jacottebrazier

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Si vous aviez un conseil à donner à toutes les femmes qui évoluent dans les métiers de bouche, que leur diriez-vous ? 

Qu’elles se blindent. Qu’elles aient du caractère, et ce, dans tous les métiers. Pas seulement dans les métiers de bouche. Il est vrai que ce n’est pas facile. Mais elles n’ont aucune raison de baisser les bras !


Quelques mots avec… Léa Têtedoie

Que pensez-vous de la place qu’occupent les femmes dans les métiers de bouche aujourd’hui?

Je pense que nous ne nous imposons pas assez. Mais quand je vois que dans notre école, l’Institut Paul Bocuse, il y a de plus en plus de jeunes filles qui veulent faire de la cuisine, je me dis que bientôt notre place sera aussi importante que celle des hommes. ce qui serait tout à fait normal !

Avez-vous des modèles féminins dans ce métier ?

Déjà j’ai ma maman, et puis après y a Colette Sibilia et la Mère Richard. Ce sont un peu comme mes deux mamies.

 
Que souhaitez-vous pour votre avenir ?

J’ai intégré l’Institut car je souhaitais être pâtissière. Je suis très attachée à l’entreprise de ma maman, mais aussi au restaurant de mon papa. J’aimerais bien pouvoir reprendre l’un et l’autre. J’aime autant l’ambiance du bouchon lyonnais de ma maman que l’ambiance du gastro de papa. Ce sont deux ambiances complètement différentes mais avec deux très belles cuisines.

Et si vous aviez un conseil à donner à toutes vos camarades ce serait lequel ?

De se battre pour que nous, les femmes soyons mises à l’honneur au quotidien. Il n’y a pas de raison pour que nous n’ayons pas notre place en cuisine ou en pâtisserie. il faut faire preuve de courage pour dire aux hommes que nous sommes là !

Restaurant La Voûte – Chez Léa
11 Place Antonin Gourju
69002 Lyon